Entretien : adaptez votre discours selon l'interlocuteur

Auteur : Bertrand Longueville
juin 2011

Lors d'un entretien d'embauche, les interlocuteurs peuvent être très différents. Selon que vous rencontrez le DRH, le PDG, votre futur N+1 ou vos futurs collègues, vous devrez adapter votre discours. En effet, leurs attentes ne sont pas les mêmes.

Entretien avec le DRH

Le Directeur des Ressources Humaines représente la fibre sociale de l’entreprise. A ce titre, il est l’un des acteurs clés du processus de recrutement.

Pour certains postes importants ou dans des entreprises de taille moyenne, vous pouvez passer un entretien de recrutement avec le Directeur des Ressources Humaines. Mettez de côté la technique : le rôle du DRH est centré sur les relations humaines. Il cherchera à découvrir en priorité l’homme ou la femme que vous êtes, le ou la collègue que vous serez. « Le DRH veut savoir si la personnalité du candidat correspond à la culture et à l’éthique de l’entreprise », précise Stéphane Thiriet, consultant manager RH pour le cabinet Attitudes.

Il pourra par exemple vous demander de décrire les relations que vous entreteniez avec vos anciens collègues, comment vous envisagez le travail en équipe, quelle mission fut la plus délicate à gérer, ou quels sont vos objectifs à long terme. « Un DRH recherche l’esprit d’équipe, il ne faut pas adopter une attitude individualiste », recommande Sophie Bacquet, DRH chez Haskoning France. Avec le DRH, « il faut être le plus honnête possible et faire preuve d’ouverture d’esprit. L’erreur serait de s’enfermer dans un personnage et un discours type », note Séverine Blum du cabinet Hays.

Attention, à l’instar du directeur ou du recruteur, le DRH va aussi juger de votre connaissance de la société. Ne pas s’être renseigné et préparé à des questions sur l’entreprise peut vous disqualifier. « Il m’est arrivé de recevoir des candidats qui avaient beaucoup d’expérience mais qui connaissaient à peine la société. Nous ne les avons pas retenus », explique Sophie Bacquet. Autre erreur à éviter, ne pas confondre proximité et familiarité. « Certains candidats nous appellent dès l’entretien par notre prénom », raconte Sophie Bacquet. Or ce n’est pas parce que le DRH vous semble établir un rapport plus étroit qu’un manager qu’il faut tomber dans le piège de la familiarité.

 

 

Le rôle du recruteur : passer votre carrière au crible

Travaillant soit en cabinet, soit en entreprise, le recruteur est le premier maillon de la chaine de recrutement. Son rôle : définir s’il y adéquation entre les critères du poste, les compétences et les motivations du candidat.

Qu’il soit interne à l’entreprise ou externe, dans le cas d’un cabinet de recrutement, le recruteur « ne recrute pas, il sélectionne plutôt », selon Louis Grümmer, associé fondateur du cabinet de recrutement Abc for value. Son rôle est de l’ordre de l’évaluation, pas de la décision. La finalité est, après écrémage, de présenter trois à quatre candidats potentiels pour un poste. « En tant que recruteur, on cherche à savoir qui on a en face de nous », explique-t-il.

Il s’agit d’un entretien plutôt « classique », dixit Séverine Blum, responsable de division pour les ressources humaines du cabinet Hays. A ce titre, elle recommande de dérouler son parcours de façon « standard, chronologique et percutante. Avec le recruteur, il faut aller droit au but ». Le déroulement de l’entretien va être centré sur votre carrière et, dans une moindre mesure, sur votre personnalité. « Il faut rester très proche de son CV, et donc bien le connaître. Ce sont principalement des questions en correspondance avec votre parcours et ce dont l’entreprise a besoin qui vont vous être posées », explique Hervé Wayenburg, consultant indépendant au sein d’Ogmios Consulting.

Le recruteur va notamment chercher à comprendre comment vous avez « structuré et organisé votre carrière », explique Louis Grümmer. « Pourquoi quittez-vous votre poste ? Quelles sont les motivations de ce changement ? Qu’est-ce qui ne vous plaît pas, ou plus ? Qu’est-ce que vous avez envie de retrouver ? » « C’est sur ce type de questions que l’on va se baser pour savoir si la personne correspond ou non au poste que l’on a à pourvoir », souligne le fondateur Abc for value.

 

 

Entretien avec le N+1 : que faire ?

Avec votre futur manager, vous entrez dans le vif du sujet. Vos compétences professionnelles seront au menu de cet entretien crucial.

 

Contrairement au DRH ou au recruteur, le N+1 est avant tout un opérationnel : le poste, il en connaît les missions concrètes et le cadre de travail. « Son rôle est de valider les connaissances techniques du candidat et sa façon de les mettre en œuvre au sein de l’entreprise », explique Hervé Wayenburg d’Ogmios Consulting. Sachez que dans un processus de recrutement, c’est souvent lui qui a le dernier mot.

Attendez-vous à des questions techniques et précises. « Face au N+1, le candidat entre dans les détails de la définition du poste », explique Stéphane Thiriet, consultant manager RH pour le cabinet Attitudes. Il est important de se mettre en situation : adoptez une attitude professionnelle, soulignée par l’usage du jargon lié au métier.

C’est l’entretien qui sera le plus en phase avec la réalité quotidienne du poste, c’est donc le moment de poser vos questions sur les méthodes de travail, les logiciels utilisés, l’emploi de langues étrangères, les déplacements éventuels,... « Il faut montrer son intérêt, sa motivation et sa maîtrise du poste », note Séverine Blum.

« Mais attention à ne pas trop en faire, prévient Olivier Gizzi du cabinet Attitudes. Gonfler ses compétences est dangereux. L’opérationnel se rendra vite compte si la personne n’est pas à la hauteur. » N’oubliez pas non plus que vous êtes un potentiel collègue. « L’enjeu pour le N+1 est aussi de voir s’il pourra intégrer le candidat à son équipe en place », note Louis Grümmer, associé fondateur du cabinet de recrutement Abc for value.

 

 

Entretien avec des futurs collègues : une étape à ne pas négliger

Rencontrer ses futurs collègues peut arriver au cours d’un processus de recrutement. Si elle est moins formelle, cette étape n’est toutefois pas à prendre à la légère.

 

Dans les petites structures ou lorsque le poste nécessite un travail d’équipe important, vous pouvez être amené à échanger avec d’autres salariés de l’entreprise pendant le processus de recrutement. Pour l’employeur, il s’agit d’avoir plusieurs opinions pour conforter son choix. « Les personnes qui vont éventuellement travailler avec le candidat sont en droit d’avoir un avis sur un futur collègue. Cet avis est consultatif mais il compte », explique Hervé Wayenburg, fondateur du cabinet Ogmios Consulting.

Le plus souvent, vous serez directement sur le terrain. « Il n’y a plus de hiérarchie, c’est alors beaucoup plus libre », précise Hervé Wayenburg. Si la parole est plus libre, il ne faut toutefois pas prendre cet échange à la légère car il reste partie intégrante du processus de recrutement. Votre objectif : réussir à créer un début de complémentarité en quelques minutes. Votre personnalité sera, à ce titre, importante. Essayez d’être ouvert, de poser des questions sur le poste, les méthodes de travail. « Il faut être le plus naturel possible, note Séverine Blum du cabinet Hays. Vous n’êtes pas là pour dérouler votre parcours. »

Pour vous, cet échange est aussi un bon indicateur du fonctionnement concret de l’entreprise au quotidien. « Récemment, un commercial a demandé, pour conforter son avis, à faire une tournée d’un après-midi avec un commercial de la société. Il a ainsi rencontré trois clients, a pu discuter avec son homologue et se faire une idée plus précise du poste », illustre Louis Grümmer, du cabinet Abc for value.

 

 

Rencontre avec le PDG : un entretien à haut risque

Vous avez passé déjà trois ou quatre entretiens. Un dernier se dresse devant vous et pas le moindre : le patron, le big boss, le DG ! Quel que soit son titre officiel, c’est bien souvent un entretien déstabilisant.

 

Déjà, le patron n’a pas une heure à vous consacrer. Il va avoir à cœur de se faire une idée rapide de vous. Soyez avant tout synthétique, direct, percutant. « Avec lui, il faut aller à l’essentiel, résume Louis Grümmer du cabinet Abc for value. Il voudra vérifier s’il peut vous imaginer demain dans l’entreprise ». Ne vous laissez pas surprendre par ses questions. « Il ne connait pas forcément le poste sur lequel vous travaillez, explique Séverine Blum du cabinet Hays. Il peut vous dire simplement « Parlez-moi de vous », ce qui peut être déroutant. »

Avant de vous recevoir, le DG aura récolté des informations sur vous : les précédents interlocuteurs lui ont fait un débriefing général. Sans compter qu’en homme de réseau, il a pu contacter certains de vos anciens employeurs. Il va alors « insister sur les points qui ne sont pas assez clairs pour lui », explique Hervé Wayenburg, fondateur d’Ogmios Consulting. Evitez de réciter votre parcours comme avec un recruteur. « Il est préférable d’aborder votre CV par compétences ou par thèmes plutôt que de le dérouler de manière chronologique », conseille Séverine Blum.

Considérez aussi cet entretien comme un échange. Il faut vous projeter dans l’entreprise : posez des questions sur les projets à long terme, sur le chiffre d’affaires, la politique générale... Et faites preuve d’assurance : si vous êtes face à lui, c’est que votre candidature a été retenue, vos compétences validées. « Le DG veut plutôt voir ce que le candidat a dans le ventre », termine Louis Grümmer.


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